Roger Faligot's website

Sunday, September 05 2010

Official website of the writer and reporter RF
Newsletter
       Find
HOT NEWS

Reuters
Obama to address new economic ideas next Wednesday

Reuters
Gales, aftershocks shake quake hit New Zealand city




LA ROSE ET L\'EDELWEIS


La Rose et l’Edelweiss, c’était le nom de leurs groupes. Pour être plus exact : la Rose blanche et les Pirates de l’edelweiss. Et ils
s’appelaient encore : les Volontaires de la liberté, les Schlurfs, les Chattes paresseuses, la Cagoule 40, la Main noire, l’Espoir français, le club Churchill, le groupe du Boul’Mich, les Navajos, la Phalange antinazie, les Zazous, les Pionniers rouges, le corps
franc Guy-Mocquet, les « scouts gris », la compagnie Gavroche, le Groupe insurrectionnel français, les « swing kids », la Jeune garde, le Club du serpent, le Groupe 07, la Bande à Jojo, le groupe Marceau… Parfois, ils n’avaient pas de nom et ils étaient encore plus dans l’ombre. Ils le sont restés bien souvent jusqu’à ce livre. À travers toute l’Europe, ils combattaient Hitler et le nazisme. Ces
« enfants de la liberté »pouvaient avoir entre douze et vingt ans. Le plus grand nombre, plutôt seize à dix-huit ans. Combien étaient-ils ? Les historiens sont incapables de nous le dire. Au bas mot, des dizaines, sinon des centaines de milliers, si j’en juge par tous ceux que j’ai répertoriés. Filles et garçons, ces très jeunes gens ont pris part à la Résistance. Dans plusieurs pays, leur action a obligé les adultes à s’engager à leur tour. Elle a été déterminante dans les maquis français, italiens, soviétiques,
yougoslaves, grecs ou polonais. Beaucoup d’autres ont appartenu à des organisations plus vastes et officiellement homologuées. Et vers la fin de la guerre, à des armées entières de partisans et de maquisards. Et là encore, beaucoup n’ont pas été reconnus. Des gamins, pensez donc ! Aussi leurs noms figurent-ils rarement sur nos monuments, dans les annuaires d’anciens combattants de la Résistance, dans la cohorte des médaillés et, plus grave, dans nos livres d’histoire. Sauf quand ils ont été fusillés par les nazis, tels Pierre Benoit et les lycéens de Buffon, Thomas Elek et les jeunes de l’Affiche rouge, ou lorsqu’ils ont disparu en déportation. Et même-là, derrière les barbelés, à l’ombre des miradors, nombre d’entre eux ont continué à se révolter, sans pour autant être reconnus comme résistants quand ils sont revenus de l’enfer. La Rose et l’Edelweiss, c’est la fresque composite de ces très jeunes qui se sont opposés au fascisme et au nazisme dans les pays même où ces systèmes ont vu le jour : en Italie, en Allemagne, en Autriche. Et cela dès les années 1930, comme on le verra avec le destin hallucinant des 25 000 Pirates de l’edelweiss. Ou de plus petits groupes, mais très influents, comme la Rose blanche de Hans et Sophie Scholl. Puis la résistance des jeunes s’est organisée dans tous les pays occupés d’Europe orientale, à commencer par la Pologne, la Yougoslavie et l’URSS, où elle a dû faire face autant à la barbarie nazie qu’à la répression stalinienne. Et ce alors que, dans le monde, l’Armée rouge devenait un symbole de liberté, tout comme l’armée américaine. Des réseaux se sont tissés dans nos pays d’Europe occidentale, en Scandinavie, à commencer par le Danemark, où c’est un groupe d’ados, le club Churchill qui déclenche la résistance contre les nazis. L’« armée des petites ombres » s’est activée dans les plats pays de Belgique et de Hollande
et, bien sûr, en France, à laquelle je consacre d’autant plus de pages qu’on a négligé, peut-être plus qu’ailleurs, le rôle des enfants et des ados dans la Résistance. Mais pourquoi leur rôle a-t-il été occulté ? On aurait tort de répondre avant d’avoir fini ce livre. Mais on peut d’ores et déjà donner un début d’explication, qui montre que ce n’est pas toujours la faute des adultes ni celle des anciens chefs de la Résistance, si ce pan entier de notre histoire a été négligé. Cela tient en partie aux formes très variées de résistance qu’ont choisies les jeunes.
Au début, c’est parfois un jeu. En 1940, on trace un « V » de la victoire ou une croix de Lorraine – le symbole du général de Gaulle –, sur un tableau noir quand le prof a le dos tourné. On distribue un jeu en papier, un pliage, qui se moque de Hitler ; on bouscule un soldat allemand dans la rue ; on chante la Marseillaise un 14 juillet ; on organise un monôme, et puis une grande manif sur les Champs-Élysées, le 11 novembre 1940. Ce n’est pas grand-chose. C’est déjà énorme. C’est encourageant. À mesure que le temps passe, la répression s’accentue. Des élèves protègent leurs professeurs juifs. D’autres créent des petits réseaux secrets. Ils publient des journaux clandestins. Ils impriment des faux papiers. Les petites mains de la Résistance sont souvent anonymes mais c’est aussi leur force. D’anciens scouts habitués à vivre dans les bois aident les premiers maquisards quand ils ne le sont pas eux-mêmes. Des agents de liaison font le tour de France en vélo. Des petits « espions balais » laissent traîner partout leurs yeux et leurs oreilles. Ils effectuent des relevés des défenses côtières, qui, plus tard, partiront à Londres où se prépare la
revanche et où s’entraînent les 11 000 cadets de la France libre. Comme parmi les adultes, dans la « petite armée des ombres », certains sont hélas capturés par l’ennemi, emprisonnés, torturés, mais là encore ils s’organisent. Ils tentent et réussissentmême des évasions.Ça aussi, c’est la résistance.
Et quand les Juifs doivent porter l’étoile jaune, toute une classe de lycée découpe des étoiles et se les colle sur la poitrine en signe de solidarité. Et tant de Juifs, eux-mêmes, contrairement à ce qu’on a bien voulu dire, ne se sont pas laissé mener à la destruction sans réagir. Cela va du petit Simon Gronowski qui se jette d’un train en marche et échappe aucamp d’Auschwitz, à Róza Robota et aux jeunes se retrouvant prisonniers
de ce même camp d’extermination qui résistent et font sauter un
four crématoire. Aux juvéniles combattants juifs qui se battent contre
les SS dans le ghetto de Varsovie en 1943, et qui – tout au moins ceux
qui ont survécu – recommencent l’année suivante, lors du soulèvement
généralisé de lamême ville, aux côtés de l’armée secrète polonaise.
C’est encore – redoutable épreuve – la participation à la lutte armée :
poser une bombe, faire dérailler un train, tirer sur un soldat qui passe.
Et l’on verra avec les jeunes Alsaciens de la Main noire, les Danois du
club Churchill, les « enfants de la liberté » de Toulouse, les plus jeunes
INTRODUCTION
9
PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-5/12/2008 14H42--L:/TRAVAUX2/DECOUVER/CAHIERS/ROSE/AAGROUP.466-PAGE10 (P01 ,NOIR)
étrangers de l’Affiche rouge – comme le jeune Hongrois Thomas Elek –
ou encore les Pirates de l’edelweiss de Cologne, combien ils réfléchissent
et s’en veulent d’avoir à donner la mort lorsque plus aucune autre
option n’est possible pour combattre l’oppression et parvenir à la libération.
C’est d’ailleurs, avec les amazones komsomols en URSS, avec la
« levée en masse » en Italie des petits partisans – les piccoli partigiani – ou
en France avec les maquisards et les résistants des FFI (Forces françaises
de l’intérieur) que l’épreuve du feu sera totale en 1944. Souvent des
maquis ont péri pour que des villes, puis l’ensemble du pays, se libèrent
avec l’aide des troupes alliées débarquées en Normandie ou en Provence.
Moi-même, je n’avais qu’une connaissance rudimentaire
de plusieurs de ces mouvements passionnants – détaillés dans ce
livre – tels les Pirates de l’edelweiss en Allemagne ou le club Churchill
au Danemark, qui ont été pilotes dans la résistance enfantine et adolescente.
J’en avais fait des protagonistes de mon roman Le Peuple des
enfants, publié au Seuil en 2004. Dans ce voyage fictif dans le temps, je
racontais des épisodes vrais de l’histoire des enfants à travers les âges et
certains chapitres se déroulaient pendant la Seconde Guerre mondiale.
Comme les « héros » de mon livre étaient nantais, ils croisaient également
le jeune GuyMôquet et lisaient sa lettre émouvante de condamné
à mort…
À l’été 2004 a été célébré le soixantaine anniversaire du débarquement
et de la libération de Paris. Ému de découvrir que le « peuple des
enfants » n’était jamais mentionné, j’ai écrit un petit texte concernant
quelques faits d’armes des ados dans la Résistance.
Je me disais qu’il serait temps de reconnaître et de raconter l’histoire
de ces enfants et de ces jeunes qui combattaient Hitler. Trop longtemps
oubliée et occultée par la quasi-totalité des historiens, cette histoire a
été refoulée par les responsables d’anciens réseaux de la Résistance, réécrite
à leur guise par les principales formations politiques dans l’aprèsguerre,
niée par les administrations, des ministères des anciens
combattants à ceux de l’Éducation nationale. On peut dès lors s’interroger
: pourquoi a-t-on passé sous silence la résistance de ces
gavroches ? Est-ce parce que leur engagement rapide et précoce faisait
honte à des parents abattus par la défaite et qui ont hésité avant de
s’engager, lorsqu’ils l’ont fait ? Parce que ces jeunes n’avaient pas, au
contraire des chefs de la Résistance, d’arrière-pensées ou de projets
LA ROS E E T L ’EDELWEISS
10
PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-5/12/2008 14H42--L:/TRAVAUX2/DECOUVER/CAHIERS/ROSE/AAGROUP.466-PAGE11 (P01 ,NOIR)
politiques ? Parce qu’ils étaient parfois incontrôlables et qu’il fallait que
« jeunesse se passe » et rentre dans le rang ? Y aurait-il un danger à ce
que le « peuple des enfants » connaisse enfin sa propre histoire ? Que les
enfants d’aujourd’hui sachent comment les ados d’hier, face aux plus
grands périls, ont appris à se rebeller et à organiser leur révolte ?
C’est cette réflexion qui est à l’origine et au coeur du
livre que vous avez à présent entre les mains. Pour retracer cette
incroyable épopée, j’ai pu réunir des documents de toutes sortes (des
journaux intimes, les dernières lettres de prisonniers et de condamnés,
des journaux de marche, des tracts, des chansons), et je me suis livré à
un formidable voyage dans le temps, en retrouvant des témoins et des
acteurs de cette saga afin de reconstituer les trajectoires de ces ados qui
combattaient Hitler et le nazisme.
Un dernier mot sur le titre de ce livre : les adolescents
tels qu’on les connaît aujourd’hui ne constituaient pas une catégorie
en vogue dans les années 1930 et 1940. Des livres, souvent des
portraits et des mémoires, existent sur des « enfants » dans la Résistance
(j’en ai fait mon miel et je les cite), mais la notion d’enfant était
plus extensive à l’époque et surtout, ne l’oublions pas, on n’était pas
majeur avant vingt et un ans. D’autres livres évoquent les « jeunes »
dans la Résistance, mais c’est là une notion élastique, bubble gum, et
souvent on présente dans cette catégorie des résistants âgés de seize
jusqu’à trente ans ! Mais à l’époque, pour ces ados de la Résistance, un
gars qui avait vingt-cinq ans était déjà un « vieux »… J’ai donc choisi
d’évoquer des milliers d’enfants, d’ados et de jeunes adultes, à peine
sortis de l’adolescence, qu’on appellerait en anglais des teenagers (textuellement
âgés de treize à dix-neuf ans). Ce n’est pas incongru parce
qu’ils ont une culture commune, ils ont lu les mêmes livres, appris les
mêmes poèmes, vu les mêmes films et possèdent les mêmes références
historiques : Bara, Valmy et la révolution de 1789, Victor Hugo, la
guerre de 1914-1918…
Quand on dresse le portrait d’une jeune résistante comme celui
d’Anne Corre, qui me tient à coeur, qu’observe-t-on ? Elle a quinze ans
lorsqu’en 1940 elle manifeste pour la première fois son hostilité à
l’occupant en Bretagne. Elle a dix-sept ans en 1942, lorsqu’elle aide ses
professeurs juifs en région parisienne et entre dans un réseau constitué,
et dix-neuf ans en 1944, lorsqu’elle passe, à la demande de son chef de
INTRODUCTION
11
PSW32-INSERT GRAPHIQUES-C5.04.03-P5.04.00-5/12/2008 14H42--L:/TRAVAUX2/DECOUVER/CAHIERS/ROSE/AAGROUP.466-PAGE12 (P01 ,NOIR)
réseau, à une action directe, qui va lever un voile de mystère sur son
destin. Je n’en dis pas plus à ce stade sur son histoire, mais elle est représente
bien la tranche d’âge de la vaste majorité des personnages que l’on
retrouvera tout au cours de ce livre – et son évolution.
De même en Allemagne, lorsque les premiers Pirates de l’edelweiss
ou les jeunes gens de la Rose blanche refusent l’embrigadement dans les
jeunesses hitlériennes, ils sont, dans les années 1930, fort jeunes. Et
nous suivrons leur évolution jusqu’à la période de la guerre, lorsqu’ils
entrent en collision frontale avec l’appareil de répression nazie à l’intérieurmême
du IIIe Reich.Même si certains Pirates ont vingt ans en 1942,
qu’ils mobilisent de plus jeunes recrues et leur passent le flambeau de
l’antinazisme. On verra ainsi comment les Pirates de groupes différents
que j’ai interviewés peuvent agir simultanément à Cologne, alors qu’ils
ont entre eux jusqu’à cinq ans de différence d’âge.
Aucun étonnement, donc, à ce que ce livre s’adresse d’abord aux
ados et aux jeunes de cet âge, puisque c’est « leur histoire ». Celle qu’on
leur a cachée. Celle qu’ils et elles peuvent enfin découvrir. Le féminin
s’impose, tellement sont nombreuses, sinon majoritaires, les jeunes
filles, dans ce livre.
La Rose et l’Edelweiss s’adresse enfin à tous les anciens ados, et en particulier
les parents et les profs, qui seront heureux que les plus jeunes
découvrent cette histoire et qui auront envie d’en parler avec eux.
Parmi ces ados de tous les âges, figurent bien sûr, les anciens résistants
eux-mêmes, dont l’épopée est livrée ici pour la première fois et qui, de
s’être engagés très tôt, ont gardé, plus que leurs souvenirs, une partie de
leur jeunesse.



février 2009
100 pages
envoyer a un amiimprimer


IT'S IN PRESS