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Dimanche 20 Mai 2012

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LE TOUR DU MONDE DES LIVRES EN 80 LIGNES

DE LA PLACE TAHRIR A TIANANMEN : LA REVOLUTION DE JASMIN


Au fur et à mesure du développement de la « révolte arabe », la haute direction du Parti communiste chinois a redouté la contagion. Depuis la mi-février, des moyens hors norme se sont mis en place pour y faire face.

Au cours de la réunion de l’Assemblée nationale populaire début mars, elle a même cru bon d’annoncer que le budget de la sécurité intérieure serait supérieur à celui de l’armée avec 68 milliards d’euros, soit une augmentation de 14% en 2011 (ce qui est partiellement faux car le budget de la défense est beaucoup plus important que ce qui est dit officiellement).

Ce sont d’abord des systèmes de reconnaissance pour comprendre ce qui va changer sur le plan stratégique. Le "débriefing" des réfugiés chinois, parmi les 30 000 ouvriers évacués du nord de l’Afrique, se couple avec les cables envoyés par les diplomates et les fonctionnaires de la Sûreté d’État, le Guojia Anquanbu ou Guoanbu en poste dans les capitales du Maghreb et du Mashrek.
 
Pour l’Égypte, ce fut, dès les premiers jours, une inquiétude liée notamment au fait qu’en 2010, l’Armée populaire de libération (APL) avait décidé de forger un axe stratégique avec l’armée égyptienne. En effet, le général Ma Xiaotian, chef d’état-major adjoint de l’APL, avait inauguré de concert avec le général Hussein Tantawi, la Commission de coopération de défense sino-égyptienne. La direction Hu Jintao a été rassérénée en constatant que ce dernier demeurait l’un des hommes forts en Égypte, après la chute d’Hosni Moubarak.
 
Reste que les manifestations répétées sur la Place Tahrir ont incité des jeunes Chinois à vouloir utiliser les moyens de communications des réseaux sociaux qui permettent partiellement de contourner la censure, en espérant provoquer des manifestations. Lesquelles sont promptement étouffées dans l'oeuf.
Les parents de ces jeunes gens se souviennent des événements de la place Tian’anmen en 1989 et, - comme je l’ai révélé grâce à des documents russes dans mon livre Les services secrets chinois -, à l’époque certains régiments de la région militaire de Pékin s’étaient soulevés et avaient refusé de réprimer les manifestations étudiantes.
Il n’est pas question de comparer les situations d'aujourd'hui avec celle de la fin de l'ère Deng Xiaoping quand le bloc soviétique implosait. 
De même, l’APL n’est pas l’armée égyptienne. Cependant, les chefs successifs du Parti communiste, Deng Xiaoping, Jiang Zemin et Hu Jintao ont redouté des événements étrangers qui risquaient d’inspirer des mouvements sociaux ou ethniques. Tel fut le cas récemment des révolutions en Ukraine et en Géorgie.

Fin 1989 déjà, la révolution roumaine qui s’était terminée par l’exécution à l’issue d’un procès sommaire du couple Ceaucescu avait terrorisé les dirigeants de Zhongnanhai d’autant qu’un mois plus tôt, Qiao Shi le coordinateur du renseignement et N°3 du régime s’était rendu au congrès du Parti communiste roumain où on lui avait déroulé le tapis rouge. Résultat : les Chinois avaient tenté d’exfiltrer les Ceaucescu de Roumanie, comme ils ont essayé plus récemment de faire fuir le couple Milosevic de Serbie en Chine. Auraient-il prévu de le faire pour Kadhafi …?

Le successeur de Qiao Shi s’appelle Zhou Yongkang. Cet ancien ministre de la Sécurité publique et issu du lobby pétrolier a pris la direction de tous les services de sécurité et de renseignement à la veille des jeux Olympiques de 2008. Il a donc géré avec les cadres dirigeants du parti et de l’armée les crises au Tibet et au Xinjiang. Le 21 février dernier, l’agence Xinhua relayait le discours de Zhou Yongkang sur la nécessité d’améliorer la « gestion de la stabilité sociale à long terme ». Sous-entendu : l’essor économique de la Chine ne devrait pas provoquer une kyrielle de revendications sociales qui ferait vaciller le système politique, la primauté du Parti communiste.

Fait significatif : le week-end suivant, ce sont des unités de l’Armée populaire de libération qui sont mobilisés dans les quinze villes majeures de Chine. Dans ces cas-là unités spécialisées s’occupent du brouillage de radios et télévisions telles TV 5 monde ou la BBC, comme l’explique ma consœur la journaliste française Anne Soëtemondt dans son livre J’ai travaillé pour la propagande chinoise (Editions du Moment) qui relate avec précision son travail pour Radio Chine Internationale.

La bataille se situe aussi dans le cyberespace. 
Fin février, a été lancé sur l'internet un moteur de recherche spécifiquement chinois, Pangusuo.com, fruit d’une joint venture entre l’Agence de presse Chine nouvelle Xinhua et le géant de la téléphonie China Mobile qui espère toucher immédiatement 300 millions de navigateurs mobiles. Ce Google à la chinoise recroqueville encore plus l’intranet d’État sur lui-même puisque, non seulement il est impossible de chercher certains mots, tel Liu Xiaobo ou Révolution de jasmin, "molihua geming" … Mais de plus, le système permet de localiser facilement des éléments déviants à la recherche de vocables interdits. Ce qui signifie en clair que les systèmes précédents, tel le filtre géant automatisé « Bouclier d’Or », n’ont pas été suffisamment pertinents. Les jeunes Chinois s’évertuent à contourner les interdits numériques et à trouver des trucs pour accroître constamment leur marge de manœuvre.

Ce qui devrait donner à réfléchir les dirigeants chinois, à commencer par ceux qui doivent prendre la relève en 2012.

© R.Faligot - 2011